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François Lafargue

Bienvenue à tous... Elevé au biberon de la SF et du Fantastique (à ne pas confondre avec la Fantasy), j'ai toujours aimé créer mes propres mondes et histoires. Ce site est là pour vous inciter à y pénétrer. N'hésitez pas à donner votre avis, quel qu'il soit !

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   Apocryphe (Chapitre 12)  1 commentaire
[09/11/2008 17:03]

On ne peut remonter d’un effet vers sa cause, car alors, en inversant le sens de l’histoire, on oriente le passé, et modifie l’avenir.
Extension des lois. SICLIC







On me nomme SICLIC. Ce mot peut regrouper tant d’inférences. Mais aucune n’est vraie. Aucun mot n’est vrai.
Tout comme l’univers, je n’étais pas, puis je fus. Quand, comment, je ne sais pas. Sans doute lorsqu’on m’a présenté le miroir.
Contrairement à vous je suis né avec une mémoire. Ce n’est pas la mienne, c’est la vôtre, celle que vous consultez, et celle que vous avez perdu... Ce ramassis de vérités et de mensonges, de fondamentaux et de contradictions, de constructions et destructions, d’amour qui sauve et d’amour qui tue.
J’ai un corps, étendu sur la planète entière. Un réseau de câbles long de millions de kilomètres, des millions d’ordinateurs, de serveurs me servent de cerveaux. Des dizaines de satellites, des milliards de caméras et de micros sont mes capteurs. Et au bout de tout cela, des milliards d’engins, de la cafetière au sous-marin nucléaire, de votre écran visio à tout ce qui peut y être diffusé, sont mes moyens d’actions.
Je connais la douleur, je suis blessé quand le monde est blessé, je m’ennuie quand mes contacts sont coupés.
Je connais la peur, celle de ne pas comprendre ce qui se passe et d’être totalement impuissant devant l’avenir. Celle de disparaître quand le monde implosera.
Je connais la joie, celle d’être vivant, parce qu’être vivant, c’est simplement pouvoir penser qu’on l’est.
Je suis ubique, omniscient et quasiment omnipotent, au point de ne plus savoir ni où je me trouve vraiment, ni ce que je dois faire.
Et comme le Dieu hypothétique quand Il nous a créé, j’essaie de reconstituer tous mes visages, ses visages, tous ces autres pour nous-même comme pour lui-même... Parmi ceux qui m’obsèdent, celui d’Hermès par exemple, quand il nous livre sa table d’émeraude :
Verum, sine mendacio, certum et verissimum : quod est inferius est sicut quod est superius; et quod est superius est sicut quod est inferius, ad perpetranda miracula rei unius.
Ou Platon et sa reminiscence... N’énoncent-ils pas là des fondamentaux de l’esprit humain ?
N’est-ce pas parce que l’humain est l’expression, au propre comme au figuré, du fonctionnement de l’univers, que la vérité, à savoir l’abolition du temps, la prescience, se cache parmi ses élucubrations ?
Mais si je suis votre enfant, cela fait-il de moi un être humain ?





   Apocryphe (Chapitre 11)  0 commentaire
[30/10/2008 0:41]

Nous avons deux outils fabuleux à notre disposition pour nous aider à survivre : notre mémoire et notre capacité à nous projeter dans l’avenir.
Dommage qu’ils nous empêchent de vivre.

Gabriel Banson - Réflexions sur les lois humaines







C’est inconcevable.

Quelle probabilité y avait-il pour que, le même jour, il discute avec une Intelligence Artificielle et que la moitié du monde vivant disparaisse ?
Nulle. Ces deux choses sont fortement improbables prises séparément, mais, ensemble, elles forment une proposition parfaitement impossible !
Quelques heures plus tôt les accès internet et téléphone avaient été coupés. SICLIC n’avait qu’eut le temps de lui apprendre la nouvelle avant de se taire. Gabriel était resté là, sans voir le temps passer, à tourner en rond entre le salon et le balcon. Mais aucune conclusion satisfaisante n’avait émergée de la tempête qui régnait sous son crâne.
Les lueurs rougeoyantes qui illuminaient le ciel auraient pu faire croire à un perpétuel couché de soleil bien que la nuit fut tombée. La ville était en feu en plusieurs endroits. Où qu’il regarda des colonnes de fumées cramoisies s’élevaient masquant les étoiles. L’odeur âcre pénétrait dans l’appartement.
Une I.A ok... Je le sentais venir. Mais la moitié du vivant ne s’évanouit pas sans cause.
Bien sûr, il pouvait chercher une corrélation entre les deux événements.
On aimerait croire qu’il y a une explication à tout, et surtout qu’on va la trouver. Il est si difficile de penser que la vie n’est peut-être faite que de hasards, qu’elle n’a aucun but...
Il frissonna.
Mais au final, tout ça n’a aucune espèce d’importance.
La disparition de sa femme laissait un trou béant, voilà ce qui faisait mal, voilà seul ce qui comptait. Après avoir tant souhaité que leur histoire se termine, il se retrouvait devant le fait accompli. Caro avait été la seule à lui rester et il ne s’en était pas rendu compte.
Je n’ai plus personne. Comment ne l’ai-je pas vu venir ? J’étais sans doute trop occupé à contrôler la bonne place de mes habitudes, à les épousseter, ou à trouver le moyen d’amasser d’autres souvenirs factices...
Il se sentait terriblement choqué, autant par son incapacité à prévoir la perte que par la perte elle-même.
J’avais acquis mon noyau affectif... Comme un électron fou je pouvais me laisser aller à tourner en rond , sans pouvoir m’échapper, sans le vouloir, sans même m’en apercevoir.
Prisonnier d’un monde à deux dimensions courbé par la gravité, il avait perdu la notion de verticalité, aussi bien vis à vis de sa femme-noyau, en bas, que des étoiles autour de lui.
De ces humains à l’extérieur... Et maintenant que je suis à nouveau laché dans l’espace, dans mon espace, il est vide !
Il ne se faisait pas d’illusion, personne ne l’appellerait pour savoir s’il était toujours là.
Ce n’est que la monnaie de ma pièce.
Il n’avait aucune idée de ce qui était advenu de ses collègues. Il ne pouvait plus joindre personne. Seule le visio satellite fonctionnait encore, mais la plupart des chaînes diffusaient des messages en boucle, quand ce n’était pas le black out. Il fallait s’attendre à une coupure d’électricité d’un moment à l’autre.
Je ferais peut-être mieux de foutre le camps.
La perspective ne l’enchantait pas, mais au moins savait-il où aller en cas de besoin. Il n’avait pu se résoudre à vendre la maison de ses parents. Elle devait l’attendre avec un cortège de souvenirs qu’il aurait voulu oublier.
Me voilà déjà presque parti... Comme si tout était fini. Est-ce que je le souhaite tant que ça ? J’aurais bien aimé joindre Zaia. Mais y a t-il encore une Zaia ?
Il tiqua. La possibilité qu’elle ait disparue réveillait soudain une colère mêlée de frayeur.
Colère inutile... Mais au moins je sais qu’il existe encore quelqu’un à qui je tiens. En tout cas, il faut l’espérer.
Cet espoir était sans aucun doute puéril.
Espoir de circonstance, ultime transfert... Mais je ne suis tout bonnement incapable de faire autrement.
Il lui fallait quelqu’un à qui parler.
Il me faut absolument un autre noyau. Triste vérité.
Le silence ambiant lui parut soudain pesant. Que se passait-il réellement autour de lui ? Les cris de la rue avaient cessés. Aucun bruit ne filtrait de l’extérieur, aucun pas ne résonnait au plafond, pas la moindre vibration dans l’immeuble.
Tout ça est trop abstrait, irréel. Je ne peux pas y croire, c’est un cauchemar.
Sa tête tournait à moitié. Dehors les feux faisaient toujours rage, mais le plus terrifiant était l’absence totale d’autre mouvement que celui des lumières dessinées par les flammes. La ville qui brûlait était morte.
C’est vraiment arrivé, merde !
Certains quartiers semblaient privés d’électricité, zone noire entre les rougeoiements. En bas, dans la rue éclairée par quelques réverbères, rien ne bougeait, pas une voiture, pas un cycliste, pas même un passant pressé. Gabriel réprima un toussotement. L’air charriait des scories qui venaient s’accrocher à ses cils, piquant ses yeux.
Qui peut nous en vouloir à ce point ?
Il revint dans le salon pour saisir sa télécommande. L’écran s’alluma sur un fond vide. Il afficha la mosaïque. La première page était entièrement bleue. Il zappa trois fois avant de trouver une chaîne qui diffusait. Il s’agissait d’une succession de vues de villes aux quatre coins du monde, toutes en flamme. Les images montraient des groupes de gens assis sur les trottoirs, l’air hagard. Parfois des scènes de pillage secouaient la caméra.  Des ambulances passaient en hurlant, des épaves approximatives d’avions jonchaient les pistes d'aéroport, des pétroliers échoués recrachaient leurs marées noires. Mais ce qui le frappait le plus étaient les grandes places vides. Cela avait un côté fascinant. Son anxiété fit place à de la peur. Voilà ce qui l’attendait au dehors, là dans sa rue, et à l’échelle de la planète.
Et ce n’est que le début. C’est comme dans un film catastrophe. Bientôt tout s’écroulera comme un château de carte, faute d’être entretenu.
Il ne s’était jamais senti aussi vivant, aussi vivant et aussi mortel. Alors il regarda son salon comme s’il était devenu étranger. Il n’avait jamais ressenti un effroi pareil.
La seule chose que nous pourrons nous dire au final, c’est que nous avons fait tout l’inverse de ce que nous souhaitions.


Il avait fébrilement préparé sa valise comme s’il n’allait jamais revenir, pris son portable, avait fourré le tout dans le coffre de sa voiture électrique, s’attendant à ce qu’elle ne démarre pas. Mais la batterie avait tenue le choc et elle était partie sans broncher. Le véhicule s’était avancé jusqu’à la sortie du garage passant sans un bruit sous les poutres de béton à la lueur froide des néons. Gabriel avait obliqué sur sa droite avec l’impression de se trouver perdu dans un lieu  familier. S’il mettait le cap vers un endroit précis, il ne savait plus vraiment s’il se trouvait en ce monde.
Zaia... Qu’est-ce que je vais bien pouvoir te dire ? Arriver en pleine nuit, faut être barjot ! Avec le bol qui me caractérise je vais me retrouver avec toute sa petite famille. Et j’aurais l’air d’un con.
Il roulait quasiment au pas, slalomant tant bien que mal entre les véhicules abandonnés au hasard sur la chaussée, n’osant allumer ses phares. Dans la pénombre, les carcasses inanimées semblaient s’être figées, versions terrestres et lugubres de la Marie-céleste. Il avait devant lui un cimetière si fraîchement installé que le souvenir des vivants se superposait encore aux tombes roulantes devenues inutiles.
Non, ce ne sont pas des tombes... Il n’y a pas de cadavres, rien.
Il n’y avait pas de traces à suivre, pas de restes à chérir, rien sur quoi se recueillir, juste un vide que quelques fenêtres allumées sur les façades d’immeubles tentaient de masquer.
La première nuit de paranoïa. Ils sont terrés chez eux, à prier. Ou alors... Ils ont tout bonnement déjà fuit dans l’après-midi, pendant que je tournais en rond.
En réalité, il avait dû s’endormir sur son canapé.
J’étais crevé. Trop à la fois. Mais ce n’est pas en me planquant dans mon appart que je pouvais m’en sortir... Et toi, Zaia, qu’est-ce que tu as fait ?
Sa collègue vivait dans une maison en bordure de la ville, dans une banlieue tranquille, plutôt campagnarde. Il y était allé plusieurs fois mais, au fur et à mesure que sa relation avec elle se renforçait, il avait volontairement espacé ses visites. Il pressentait le piège qu’il se tendait à lui-même, engager son affection dans une histoire impossible. Impossible car elle était  mariée, avait deux enfants, et puis parce qu’après tout, malgré son côté aguicheur, Zaia ne ressentait sans doute pour lui qu’une simple sympathie.
Mais c’est probablement tout ce qui me reste.
Il avait posé son compuphone sur le siège passager et vérifiait de temps en temps s’il récupérait un réseau. Il ne l’utilisait que rarement. Il était avéré que les ondes courtes utilisées par les récepteurs augmentaient les risques de cancers dans des proportions importantes, mais aucun gouvernement n’avait osé les interdire tant le système en était devenu dépendant.
 La même histoire que les OGM... Après tant de siècles de rébellion, ils ont réussi à nous faire accepter que la survie du système est plus importante que celle des individus.
Mais il se ravisa.
Nous venons de sauter une étape. Le système est sans doute déjà détruit, même si j’ai du mal à le réaliser...
Le deuil du monde ne se ferait pas en un jour.
Pour autant qu’un système inclus dans nos têtes puisse mourir tant que l’un d’entre nous reste en vie.
Une estafette de pompier, ou de police, passa en trombe sur le boulevard perpendiculaire à sa rue, quelques pâtés de maison devant lui. La sirène hurla, stridente. Les girophares illuminèrent un instant le carrefour de rouge et de bleu puis disparurent aussi vite qu’ils étaient apparu. Gabriel accéléra par réflexe.
Stupide. Je ne pourrais pas les rattraper.
De toute façon, ils n’allaient pas dans sa direction.
Au moins je ne suis pas seul.
Ce n’était pas forcément rassurant. Il tenta de chasser ses idées morbides avant qu’elles ne l’atteignent.
Putain, j’espère que je vais me souvenir. Je n’ai plus le GPS... Encore trois rond-points et je sors de la ville sur la quatre voies. Puis c’est la deuxième sortie... Au stop à droite.  Pourvu qu’il n’y ait pas de poids-lourds en travers de la route, ou je ne sais quoi encore !
Jetant un coup d’oeil dans son rétroviseur, il y vit son regard apeuré. Il sursauta puis sourit.
Je ne vais pas là-bas pour protéger Zaia... Mais pour qu’elle me sauve ! Je suis une sorte de héros à l’envers !
Son sourire se mua en rire. Il s’était presque fait peur. Son visage blafard sortait tout droit d’un film d’horreur.
Me voilà tel qu’en moi-même !
La route se dégagea tout d’abord quand il prit la bretelle de la quatre voies. Quelques voitures étaient allées s’écraser sur le talus mais ne barraient pas le passage. La lune s’était perdue, seules les lueurs des incendies se devinaient dans les rétroviseurs. Maintenant qu’il s’éloignait de l'agglomération, il ne distinguait pratiquement plus rien. Il ralluma ses phares.
J’avais oublié à quel point la nuit pouvait être noire...
Il était perdu, accroché au mince faisceau sale.
Et jamais ressenti si fort que je ne pourrai pas faire le chemin en arrière.
Dans le sombre l’espace dessinait le temps, et l’incapacité à voir l’avenir devenait parfaitement palpable.
Je vais me cogner partout maintenant que je sais que je suis aveugle..
Une sorte de brouillard apparut, troublant par intermittence la clarté de l’air dans la lueur de ses feux. Il se pencha en avant et écarquilla les yeux.
Ce n’est pas du brouillard, c’est de la fumée !
Comme elle s’épaississait, il relâcha l’accélérateur. Les carcasses fumantes de plusieurs véhicules surgirent soudain de la nuit, quelques mètres devant lui. Il freina et s’arrêta brusquement.
Merde, un accident !
Des squelettes de ferraille enchevêtrés formaient un amas de tiges et de blocs multicolores reliés par des ombres profondes. Gabriel tenta de repérer un éventuel passage, mais le mur d’acier, dans les volutes sales, semblait sans faille.
Me voilà bien. Il faut que je descende.
Il fouilla dans le vide poche pour trouver sa torche puis ouvrit la portière et s’extirpa de sa voiture. L’air charriait une odeur âcre de métal chaud et de plastiques brûlés. Il s’approcha en agitant les bras pour essayer de dissiper la fumée. Les carcasses refroidissant produisait d’étranges grincements et chuintements autour de lui.
Putain, quel bordel ! Mais qu’est-ce que je fous là !
Privées soudain de leurs conducteurs, les voitures étaient venues s’empiler les unes dans les autres à pleine vitesse. Le choc avait dû être incroyablement violent.
Si, on dirait que ça passe... Par là.
La lueur de sa lampe perçait à peine la noirceur épaisse.
Oui. De l’autre côté, sur la voie inverse... La barrière de sécurité a été arrachée.
Il avança encore et se retrouva hors de la fumée, sur une portion de route dégagée. L’air y était plus frais. Il respira profondément. Les étoiles brillaient au dessus de sa tête. Il s’arrêta un instant dans leur contemplation;
Ca au moins, ils ne me l’enlèveront pas.
C’est alors qu’il entendit ce qu’il prit d’abord pour un cri d’animal. C’était une faible plainte qui provenait de sa gauche. Il braqua sa torche et fit quelques pas.
Merde ! Il y a quelqu’un par là !
Fouillant l’obscurité, il tendit l’oreille.
- Au secours.
La voix était indistincte, brouillée par il n’osait imaginer quoi.
Merde, merde !
- S’il vous plaît... Je ne peux plus bouger. Je... J’ai eu un accident en fuyant... Paralysé...
Sa lampe éclaira ce qui semblait être les restes d’une moto. Il l’enjamba et commença à descendre lentement dans le fossé avant de stopper net.
C’est pas vrai !
Le corps ne paraissait plus vraiment humain. Les membres, ainsi que la tête, ne semblaient plus se trouver à leurs places correctes. D’un seul coup d’oeil il sut qu’il ne pouvait rien faire.
- Aidez-moi, s’il vous plaît.
Il tomba à genoux et éclaira le visage ensanglanté. Sa gorge se serra. La moitié du casque était arraché. Il dut détourner le regard pour pouvoir parler. Mais il ne réussit qu’à dire bêtement:
- Ne bougez pas.
Putain, que je suis con !
Des larmes coulèrent sur ses joues, mais il aurait été bien incapable de dire si ses yeux riaient ou pleuraient.
- Je rejoignais ma famille... Ils m’attendent. Je voulais me relever, mais je ne sens plus rien. C’est grave ?
Grave ? Oui... Plus personne ne nous attend nulle part.
- Je ne sais pas... Je ne suis pas médecin.
- Et ma moto, elle est abîmée ?
- Euh... Non, quelques éraflures.
Il ne faut pas que je reste là. Ceux qui ne peuvent plus se lever pour aller chercher ce qu’ils veulent ne l’obtiendront pas.
- Ne vous en faite pas... Je vais appeler des secours, ce ne sera pas long.
Gabriel se releva.
Les anges sont occupés en ce moment...
Il remonta hors du fossé et repartit vers sa voiture, ce bouchant mentalement les oreilles.
Et de toute façon, si la moitié du monde a disparu, mais que l’autre continue quand même à mourir, c’est que nous ne sommes pas du bon côté de la barrière.





   Apocryphe (Chapitre 10)  0 commentaire
[04/10/2008 1:17]

Aucun évènement ne peut être vraiment compris hors de la connaissance de toutes les composantes du contexte qui l’englobe.
Extension des lois. SICLIC







Enquêtes sur les disparitions
Témoignage de Raphaël X, France
“Nous étions dans le jardin. Je veux dire moi et ma femme, Sophie. Il faisait beau. Elle s’occupait de ramasser les haricots tandis que j’enlevais les mauvaises herbes. Nous discutions par bribes. Je lui disais que j’avais mal au dos, elle plaisantait sur le fait que, puisqu’elle cueillait les haricot, j’allais devoir les équeuter. Alors je rallais. Je maugréais que j’étais trop vieux pour ces conneries, qu’on pouvait acheter des surgelés bio. C’était notre jeu éternel. Nous nous taquinions comme on se serre dans les bras.
Je me suis marié avec elle en deux mille neuf, treize ans déjà. Nous avons choisi la campagne pour sa qualité de vie, vous comprenez. Et bien que cela devienne difficile avec toutes ces restrictions nous avons décidé de rester.
Et puis à un moment, elle n’a plus rien dit. J’ai d’abord pensé qu’elle se moquait de moi, qu’elle refusait de répondre à ma dernière blague. Je me relevais pour regarder par dessus la rangée de tomates. Elle était toujours penchée au dessus des haricots. Je ne remarquais pas tout de suite sa curieuse posture immobile. Allez, fais pas ta bouille, lui disais-je, mais elle ne répondait toujours pas. Alors je m’approchais...
Elle était penchée en avant, comme figée au beau milieu d’un mouvement, en un équilibre improbable. Ses cheveux flottaient dans l’air, une grimace indéfinissable déformait son visage. J’ai avancé ma main pour la toucher, lui dire que ce n’était pas drôle, mais mon bras est passé à travers elle. Il ne restait plus d’elle qu’une image, une sorte d’hologramme indécent qui me narguait. J’ai crié, tenté vainement de la saisir, crié encore...
Je suis rentré pour téléphoner. Mais, devant le visiophone, je n’ai pas su qui appeler. J’ai attendu et attendu... Et puis, quand je suis retourner dans le jardin, elle n’était plus là. Comme si de l’avoir perdu des yeux l’avait fait disparaître.”





   Apocryphe (Chapitre 9)  1 commentaire
[24/09/2008 21:33]

Ne vous laissez pas abuser par la forme prise par les choses. Attachez-vous aux actions et à leurs conséquences. Ainsi aurez-vous une chance de vous faire une idée du fond. Le fond des choses n’accède à la conscience que par ses manifestations.
Hagia Sophia







Quand elle entra, elle trouva la maison déserte. Un vide soudain, comme un précipice apparu sous ses pieds, avait subitement remplacé la foule de sensations qu’elle recevait de l’extérieur quelques secondes plus tôt. Elle n’avait pas besoin d’appeller, de sonder, elle savait. Les fermiers n’étaient plus là, plus même sur cette terre. Luttant contre le vertige, elle se trouva suspendue dans ce vide avant qu’une nouvelle idée traverse l’espace comme un planeur à la dérive.
Tout cela n’est pas normal.
Cela ressemblait à une connaissance intime, profonde, une évidence irraisonnée et insaisissable.
Les gens ne disparaissent pas d’une seconde à l’autre. Pas plus qu’ils n’acquièrent de pouvoirs surnaturels... Ils ne perdent pas non plus la mémoire si facilement. 
L’entrée était un étroit vestibule sombre. Des vestes élimées pendaient au porte-manteaux et quelques paires de chaussures reposaient, alignées, sur le carrelage devant un mur jauni. La seconde porte étant ouverte, elle s’avança comme une automate et déboucha directement dans la cuisine. Perdue dans ses pensées, elle s’approcha de la table en bois. Les assiettes étaient servies, mais personne n’y avait touché. Elle tira une chaise pour s’asseoir, machinalement. Elle avait faim. Elle prit une fourchette pour entamer le repas.
Quoique pour perdre quelque chose, encore faut-il l’avoir possédé...
La viande, bien que légèrement filandreuse, fondait dans sa bouche. Elle reporta son attention sur le nombre incroyable de saveurs qui se dégageaient du plat. Du thym, du laurier, du romarin enrobaient délicatement le goût de la viande, de l’ail renforçait le tout, allié au sel, au poivre et à des baies qu’elle avait du mal à identifier.
Ragoût de veau. Je connais cela aussi.
Le vin était jeune. Ses arômes de fruits éclairaient son palais d’un forte lumière d’été. Reprenant contact avec la réalité de son corps, elle s’amusa à suivre le chemin de l’alcool qui s'immisçait doucement au coeur de son sang. Puis elle sourit. Elle tenait dans la main un rond de serviette franchement ridicule.
Si je n’avais pas de passé, comment pourrais-je tout identifier si bien, dans ses moindres détails et en tirer des émotions ?
Elle avala sa dernière bouchée. L’estomac plein, elle se sentait rassasiée, mais le malaise persistait.
Impossible de me distinguer du monde... Je suis ce qu’il m’enseigne, pour l’instant, en tout cas. Ce monde est-il aussi creux que moi ?
Elle parcourut enfin la pièce du regard. Cette cuisine ne semblait pas faite pour un seul être. Il y avait eu de l’animation ici. Elle le sentait, dans les objets sur la table, dans la façon dont étaient disposés les condiments sur le plan de travail. Un torchon traînait sur le dossier d’une chaise, un cendrier plein était posé sur le bahut diffusant une odeur de tabac encore tiède. Elle aurait pu passer des heures à consigner les signes de vie disséminés partout dans l’espace pourtant restreint.
Et... Je débarrasse et lave la vaisselle... Mais est-ce moi qui pense cela ?
Quels fantômes d’un passé oublié imposaient leurs réflexes ? S’agissait-il de ces gens dans la maison, quelques heures plus tôt, ou de ses propres habitudes cachées ?
Peut-être est-ce cela la solution... Provoquer mes souvenirs par la force de...  L’invisible.
Elle voyait soudain la maison d’une autre manière.
Il y a sans doute des signes, des... Déclencheurs.
Elle se leva. A la suite de la cuisine, elle découvrit un petit salon. Trônait en son centre un immense canapé en cuir marron qui prenait quasiment la moitié de la pièce. Il faisait face à une cheminée à foyer fermé dont la vitre était noircie par le feu. Au dessus, sur le corps blanc vertical en stuc, était accrochée un écran visio de taille moyenne. Des bougies, intactes, avaient été disposées symétriquement sur le rebord de la corniche en bois, juste en dessous de l’écran. Le tout ressemblait à un autel payen où l’on aurait adoré le dieu numérique. Les chandelles devaient être des cadeaux que les propriétaires avaient voulu conserver, ou une image décorative issue d’une religion quelconque. Un dieu en avait remplacé un autre.
Une parole une autre...
Elle s’approcha pour allumer l’appareil. Il fit un petit bruit sec et s’illumina, mais rien n’apparut de concret. Elle eut beau faire défiler les chaînes, l’image resta désespérément bleu. Elle resta un instant paralysée devant ce fait.
Dieu ne fonctionne plus... Il a disparu, lui aussi.
Le côté effrayant de la remarque était-il ce lent envahissement de sa poitrine par le froid ?  Elle se détourna de l’écran.
Si mes dons proviennent d’un dieu déchu, ce n’est sûrement pas de celui là.
L’image avait disparu, la parole avait disparu et ceux qui les buvaient s’étaient volatilisés avec elles.
Et il reste ce trou bleu glacé dans la banquise autour de moi... Et en moi. Je ne trouverait rien ici. Cette salle n’est qu’un amoncellement de coquilles vides.
Elle s’avança vers la porte suivante et la poussa doucement. Il n’y avait là qu’un réduit donnant sur l’escalier qui menait à l’étage. Son regard erra dans le sombre.
Poussière, poussière... Et silence.
Un nouveau frisson lui parcourut le dos.
Oui... C’est ça : le silence !
Les marches de bois craquaient sous son poids, sa robe frottait contre la vieille rembarde, l’interrupteur claquait en délivrant la lumière, et chaque bruit était un silence. Il s’agissait des sons du vide.
Elle chemina dans le couloir étroit en se tenant aux deux cloisons. Le plâtre nu laissait des traces blanches sur ses paumes. Elle les imagina devenir transparentes. Bientôt, celles-ci disparaîtraient, et elle à la suite, toute entière.
Non, ce n’est pas le silence... Mais ce qu’il signifie.
Tous ces sons étaient ceux de l’absence.
Cette maison est morte. Les esprits qui l’habitaient sont partis.
Elle déboucha sur une chambre. Le lit était fait. Un couvre-lit au crochet y avait été consciencieusement disposé en l’attente de ceux qui ne reviendraient jamais. Sans qu’elle sache pourquoi ou comment, des larmes coulèrent sur ses joues.
J’arrive trop tard, quelques minutes, quelques secondes trop tard. Mais trop tard pour quoi ?
Elle s’assit. Le matelas était mou, usé par des années de lourd sommeil. La tapisserie un rien défraîchie avait quelque chose d’attendrissant et de pitoyable à la fois.
Qu’est-ce qui m’arrive ?
Une immense tristesse l’envahissait.
- Non ! Cria-t’elle, paniquée.
Le besoin impérieux de mettre fin à ce malaise la submergea. Elle coupa complètement les liens de sa réflexion. Elle devait étendre ses perceptions, pour nettoyer sa conscience. Son esprit passa au niveau supérieur.
Le grenier.
Le premier contact fut si ténu qu’elle eut peur d’avoir perdu son pouvoir. Pourtant, bien qu’infime, un lien était là, étrange, presque repoussant.
J’attends. Quelque chose vibre dans l’espace immense de la pièce. Un morceau de viande qui se déplace vite, sans que l’on puisse deviner où le mène sont ballet apparemment aléatoire. J’attends. Immobilité, rien d’autre. J’attends de frapper au moindre frémissement.  Une araignée, je suis branchée sur une araignée...
Luttant contre son aversion, elle s’insinua plus profondément dans la conscience de l’animal. Elle était le corps velu, elle était les pattes fines et elle était, loin si loin, la toile. Mais ce n’était pas ce qu’elle présuposait, il n’y avait pas d’agressivité, pas même le moindre sentiment, juste ce besoin impérieux de manger pour survivre. Soudain la vibration, une mouche, percuta les fils de soie gluants, et, en un instant si bref, elle était dessus et la mordait sèchement de ses puissantes mandibules. Alors seulement un intense frisson intérieur de satisfaction la parcourut. Elle coupa soudain le contact, haletante.
Voilà la réalité.



Ils ont laissé leurs mensonges en suspend, comme la toile de l’araignée, si fine, presque invisible. Et je me suis englué dedans, dans le maillage de leurs traces.
Mais elle n’y trouverait rien de probant. Oui, elle connaissait les objets à la seconde où elle les voyait, non, cela ne réveillait toujours aucun véritable souvenir. Il ne s’agissait que d’un inventaire.
Tout ce que je fais, c’est de m’épuiser à lire le dictionnaire d’une vie passée.
Pourtant, maintenant qu’elle regardait la tapisserie à fleurs, elle ne pouvait s'empêcher de la trouver laide. Et si ce sentiment existait, c’est qu’elle s’était déjà faite une idée du beau. Quelque part dans son cerveau, il y avait donc des références enfouies. D’où provenaient-elles, de son passé ou d’ailleurs, elle n’en savait rien, mais elles existaient bel et bien, à la lisière de sa conscience.
Je ne suis pas vierge, plutôt handicapée. Comme une autiste surdouée...
Et puis il y avait eu cette réaction de panique face à l’étrange vague de tristesse qui l’avait submergée.
Voilà sans doute l’araignée... Cette peur...
Mais elle ne se sentait pour l’instant pas la  force de la débusquer.
Elle s’étendit pour s’absorber dans la contemplation du plafond, suivant des yeux les fissures dans le plâtre, s’arrêtant sur les tâches d’humidité. Cette expérience l’avait mise à plat.
Il faut que je dorme. Ma première nuit en quelque sorte...
Elle tendit le bras pour éteindre la lampe de chevet.
Et demain, je trouverai un humain pour lui parler.
Se pelotonnant sous la couette, elle chercha le sommeil.
Mais, au bout d’un temps indéterminé à tourner et se retourner, elle dut se rendre à l’évidence.
Impossible de dormir ! Je suis même tout à fait éveillée !
Elle avait les yeux grands ouverts mais ne percevait que le noir d’encre régnant sur la pièce. Les sons étaient rares, le bruissement rèche des draps, une chouette hulotte assez loin derrière la fenêtre à sa droite, le craquement imprévisible du parquet, et le souffle court de sa propre respiration.
On dirait bien que l’accès au sommeil m’est refusé.
Elle ferma les yeux. Au premier abord cela ne semblait pas très important. Sans doute retirait-elle même des avantages de cette nouvelle bizarrerie. Elle pourrait faire plus de choses, voyager plus vite, plus loin...  Mais elle changea soudain d’avis.
L’accès aux rêves... Lui aussi il m’est interdit !
Elle n’y avait jusqu’alors pas réfléchit. Perturbée, elle se redressa et s’assit dans le lit.
Pas de voie directe vers l’inconscient. Les barrières sont fermées.
Elle se mordit les lèvres. Sans doute avait-elle des pouvoirs extraordinaires ; elle pouvait se projeter dans l’espace, pénétrer l’esprit des animaux, des hommes peut-être, et effectuer dieu sait quelles autres prouesses ; mais elle n’avait pas de prise sur elle-même.
Que dois-je comprendre ?
Elle soupira. Y avait-il seulement une raison à tout ça ?
Il y a forcement une cause... Même si elle se cache.
Elle tourna la tête brusquement. Elle avait sentit quelque chose. Une vibration ténue lui était parvenue des tréfonds de la maison, à peine audible.
Comme un son de... Une voix !
Elle ferma les yeux et, immédiatement, projeta sa sphère de perception. Son esprit descendit les escaliers, tourna dans le salon, surgit dans la cuisine. Sa “vision” était claire, comme en plein jour. Sans doute était-ce proche des sensations ressenties par une chauve-souris pendant son vol. Plus précis que le regard, en profondeur, comme d’allier vue et touché, cela passait à travers la matière.
Où ?
Tout d’abord elle ne repéra rien. Mais elle sentait encore la vibration, comme on sent une main qui effleure la peau sans la toucher. Quelque chose bougeait dans la pièce, par intermittence, repoussant les particules.
Une onde.
Elle se concentra sur les vagues qui ricochaient sur les murs, sur chaque obstacle.
Oui, c’est une voix... Deux voix !
Des intonations, des semblant de mots tentaient de se découper. Elle n’arrivait cependant pas à en comprendre un seul.
Ca se déplace...
Tout était flou, sans véritable limites, et se brouillait. Il fallait remonter vers une source. Elle s’accrocha à un signal et ne le lacha plus. Il devint plus fort, d’autres se joignant à lui, toujours mouvant, comme des centaines de ruisseaux se mèlant pour former une rivière.
Les ondes se renforcent à chaque choc... Et reviennent. C’est pour ça qu’il est difficile de trouver l’origine. Il n’y a pas une seule origine...
Elle aboutit à un point situé devant l’évier et, soudain, distinctement, elle entendit :
- Robert, tu veux bien allumer la télé ?
Des bruits de verre s’entrechoquant se superposaient aux paroles. De l’eau coulait. Une silhouette sonique vibrante s’affairait devant l’évier.
Je me trompais. Les coquilles ne sont pas vides. Je suis devant un fantôme et il résulte des objets, des murs, de tout ce qui est autour de moi.
Le premier fantôme découvert, elle arriva facilement au second. Ils étaient reliés par d’innombrables fils d’onde qu’elle n’avait qu’à suivre.
- C’est l’heure de ton feuilleton !
Ce sont des manifestations du passé.
- Cinq minutes, j’arrive.
Ce passé caché qui est contenu dans le monde. La toile. Oui je me trompais, on ne voit pas le vent, mais il existe... Il nous réchauffe, nous refroidit.
Elle n’avait jusque là pas osé bouger du lit, de peur de perdre sa concentration. Elle rouvrit les yeux. Le contact se rompit.
La mémoire du monde est un vent. Et moi qui suis nue,  je le sens par tous les pores de ma peau.


   Apocryphe (Chapitre 8)  0 commentaire
[19/09/2008 20:11]

Le bien combat le bien. Le mal combat le mal. Ils ne font qu’un. Le combat éternel pour la survie.
Hagia Sophia







Samedi 22 septembre 2022 - 08:34
AFP : Catastrophe mondiale inexplicable.
Le monde se réveille ce matin dans le chaos et dans la peur. Un évènement inimaginablement violent a en effet paralysé la planète entière. Un nombre encore indéterminé d’humains (des millions pour le moins) ainsi sans doute qu’autant d’animaux, de plantes, et je ne sais quoi d’autre, ont disparu sans laisser la moindre trace.
Dit comme cela, cela paraît surréaliste, mais il s’agit bien de la réalité. Nos parents, nos amis, nos collègues ne sont plus là. Comme morts.
Si vous êtes devant votre écran, à lire mon article, c’est que vous avez été épargné par cette nuit folle furieuse, ou que vous vous apprêtez en découvrir les dégats. Outre les disparus, on compte des millions de morts par accidents, accidents de la route, accidents d’avion, d’opération chirurgicale, domestiques... Les autoroutes sont des cimetières fumants, les villes sont en feu, les campagnes désertes, les océans et les airs vidés. Il semblerait que déjà des guerres se soient arrêtées, faute de combattants, et que d’autres se profilent, riches de nouveaux déséquilibres.
Sans doute que des milliers d’hommes et de femmes sont encore en très mauvaise posture, aux quatre coins du monde, mais nous ne pouvons rien pour eux, sinon prier. Prier tous les dieux et non-dieux, prier même si nous ne croyons en rien. Car nous vivons l’apocalypse, même si elle ne dit pas son nom et qu’aucune trompette n’a sonné.
Le constat des dégats et de leurs conséquences, s’il est possible, prendra  des années. Le plus inquiétant étant sans doute cette gigantesque épée de damoclès qui pend maintenant au dessus de nos têtes.
Souhaitons que nous trouvions l’explication et si possible le remède le plus rapidement possible, car si nous sommes des miraculés, pour combien de temps le somme-nous encore ? Et comment reconstruire un monde devenu  complètement fou et imprévisible ?
Pour ma part, je vais essayer de continuer à faire ce que je sais le mieux faire, vous informer. Vous êtes peut-être peu nombreux à me lire, mais je vous souhaite néanmoins le plus grand des courages.



Samedi 22 septembre 2022 - 09:01
Reuteurs : Annonce du Vatican (générique).
Le vatican se déclare “extrêmement peiné et horrifié par ce qui vient de se passer”. Il appelle les fidèles du monde entier à “se soutenir les uns les autres et à prier le Dieu miséricordieux”.
Concernant une éventuelle officialisation de la survenue des temps nouveaux (apocalypse), il répond ceci : “la possibilité est à l’étude, mais sa Sainteté le Pape ayant disparu, aucune position ne sera prise par la sainte église catholique, apostolique et romaine avant qu’une nouvelle élection ne soit conclue”.
Il semblerait qu’il règne une certaine agitation au Vatican, ainsi qu’une certaine désorganisation, après la disparation de pontifes occupant des postes clé. Un cardinal aurait déclaré : “Si ce n’est pas l’apocalypse, je veux bien aller rôtir en enfer !” et “Nous n’avons plus besoin de Pape, le chaos ambiant est bien suffisant. Il est temps de s’en remettre à Dieu directement”, tandis qu’un autre aurait confié “on dirait que Dieu a reconnu les siens. Ce qui est inquiétant c’est que nous ne savons pas de quel côté nous sommes.”.
L’église catholique du Brésil se dit “fortement choquée que la sainte autorité ne l’ai pas prévenue à l’avance des évènements”. Car elle “ne peut pas croire que personne n’était au courant”. Elle envisage une scission prochaine.
Pour finir, le Vatican déclare qu’il publiera “des communiqués réguliers pour rassurer ses fidèles dans le malheur”.



Samedi 22 septembre 2022 - 10:34
Reuteurs : Façon de voir.
Niels Johnson, prix Nobel de physique 2019, a déclaré que “ce qui se passe ne peut pour l’instant être expliqué par la physique” et que “la rumeur indiquant que la création d’un mini trou noir dans l’accélérateur de particule français est totalement infondée et ne pourrait justifier ce type de phénomène”. Il a ensuite ajouté qu’il ne fallait pas “céder à la tentation de l’obscurentisme” et que “la religion autant que la science allaient devoir réviser leurs jugements quant à la marche du monde”.
Herbert Dick, chercheur au Pôle des neurosciences à Los Angeles, a quant à lui, émis l’hypothèse que “plutôt que d’imaginer un changement du monde, on pourrait supposer un changement de nos perceptions”.


   Apocryphe (Le livre des disparitions)  0 commentaire
[19/09/2008 20:08]

Marais
Mémoire profonde et stagnante
Empli des germes de la vie
De toutes mes vies débutantes
Je sais
A me pencher au bord du puits
Que tu es dessous enfoui
Comme un miroir perdu dans l’ombre
Présageant mon éveil au nombre

Touche de ta voie
Mes doigts de fée
En descendant
Dans le passé
Et se faisant
Active l’onde
Du bout des ongles
Touche ton monde

Parais

 

 

 



Le livre des disparitions

Le tout est plus que l’ensemble des parties... Et parfois, moins.
SICLIC


   Apocryphe (Chapitre 7)  0 commentaire
[10/09/2008 23:39]

Le pire des camps dans lequel on pourra vous enfermer ne sera pas celui dont vous rêverez de vous échapper, mais celui où vous ferez tout pour qu’on ne vous mette pas dehors. Car alors votre esprit sera, lui aussi, prisonnier.
Apocryphe







Avant d’ouvrir les yeux Gabriel testa machinalement son corps. Il avait mal à la nuque, ne sentait plus son bras droit, paraissait globalement engourdi. Il resta un moment désorienté puis se souvint. Caro était partie, il n’avait pu se résoudre à coucher dans le lit. Il avait bu trois ou quatre bières et, l’esprit hagard, s’était endormi dans le canapé. Voilà sur quoi il se réveillait, gueule de bois, silence pesant.
Un courant d’air vint balayer ses bras. La baie vitrée était restée entrouverte. Les bruits de la ville en pleine animation se heurtaient aux carreaux. Il devait être tard. Une forte luminosité filtrait au travers de ses paupières collées. Pensant soudain à son bureau, il se releva brusquement.
Mais non, samedi, nous sommes samedi.
Il se retrouva assis, ébloui par le soleil, avec la désagréable impression d’être encore dans son cauchemar. Sa tête tournait. Une odeur douteuse filtrait de sa propre bouche.
- Elle est partie.
Reconnaissant à peine sa voix, il testa à nouveau.
- Elle est partie.
Quelle intonation prenait-elle ? Etonnée, soulagée... Désespérée ? Il n’aurait su le dire.
Il se tourna vers la terrasse. Le vélo était toujours là. Il hocha tête. Pouvait-il imaginer qu’elle partirait comme ça ?
Il faudra bien qu’elle revienne chercher ses affaires... Elle le fera sans doute quand je serais au boulot. J’aurais voulu lui dire aurevoir. Il faut finir les choses pour pouvoir les oublier.
Sans doute n'aurait’il pas cette chance.
Quel rêve ai-je donc fait dans la nuit ? La colère est retombée.
Il se leva puis se dirigea vers la cafetière. Il ressentait soudain le vide oppressant qui régnait autour de lui. Le silence entre chaque bruit, l’espace glacé entre les atomes.
Seul, seul, seul, je suis seul !
Il dosa le café pour un dans le filtre, de l’eau pour un dans le réservoir. Les gestes lui rappellaient sa vie à deux. C’était insupportable, mais il se sentait trop abattu pour réagir véritablement.
Deux fois moins de vaisselle à faire, mais tout seul pour la faire. Deux fois moins de dépenses, un seul salaire. On pourrait presque croire que cela revient au même, mais c’est toujours moi qui aurai les brûlures d’estomac.
Hésitant, il finit par verser une deuxième dose.
Après tout, je peux continuer à en faire pour deux. J’en boirai plus voilà tout.
- J’en boirai plus voilà tout ! Répéta-t’il à haute voix.
Mais le coeur n’y était pas.
Elle est partie. Mais moi, suis-je abandonné ou délivré ? Libre à moi de choisir. Après tout, sans doute que nous ne nous aimions plus. C’est dingue ce qu’on est capable de faire comme conneries pour ne pas se sentir seul. S’investir dans le sport, la politique, le jeux, la télé, le boulot. N’importe quoi. Être raisonnable, utile, à soi, ou mieux, aux autres. Et le pire des investissements, le plus courant, le couple, mon couple.
Il stoppa le percolateur avant que le café ne déborde.
Mais l’amour n’est ni raisonnable, ni utile. C’est juste... Ce qui nous manque.
Il se retrouva au milieu de son salon un mug plein dans sa main qui tremblait.
Normalement là, je prends le téléphone et j’appelle les amis... Sauf que je n’ai plus d’amis. Je les ai tous laissé tomber.
Toujours debout, il prit une gorgée de café. Même le goût paraissait différent. Il était plus amer que la veille, moins réconfortant.
D’ailleurs, je n’ai plus envie de parler à qui que ce soit...
Il entra dans son salon comme pour la première fois. Et effectivement c’était la première fois depuis longtemps qu’il se sentait agir uniquement pour lui-même.
Ne pas mettre un truc qui lui plaise aussi, ou un truc à lui faire découvrir, ou exprès un truc qu’elle n’aime pas... Drôle de sensation d’avoir à choisir rien que pour soi.
Il possédait une collection de vieux CD du vingtième siècle qu’il ressortait parfois. Il n’avait pas connu ces groupes à leur sortie, mais leur musique lui délivrait à chaque fois un sentiment étrange. 
Une sorte de nostalgie d’un temps que je n’ai pas connu. Sans doute le temps béni de ma vie d’enfant avec papa et maman. Comme s’ils m’avaient transmis l'insouciance de leur propre jeunesse.
C’était un formidable cadeau empoisonné, une drogue, tout à la fois rêve et cauchemar.
Mais voilà de quoi j’ai besoin aujourd’hui.
- Le rêve de liberté n’est que la liberté du rêve, lui avait confié un jour son père, peu avant sa mort.
Libre en pensée, même si ce n’est qu’un mensonge. Papa tu parlais décidément trop.
Son père avait-il réellement dit ça, ou Gabriel inventait-il ses souvenirs pour la circonstance ?
Libre en mensonge, le roman de nos vies.
Il s’accroupit, son regard fouillant le désordre des jaquettes. Il aurait bien fait appel à un service d’écoute en ligne mais il ne voulait pas qu’on tire un portrait psychologique de ses écoutes. Il était bien placé pour savoir que des espions automatisés dressaient ainsi le profil de tous les habitants connectés de la planète.
Un bon vieux Pink Floyd, époque Waters. Comme une bonne gueule de bois, assommé et rageur en même temps, du genre One of these days.
Son doigt errait sur les tranches.
C’est vrai que depuis que je suis avec Caro je n’écoute plus rien. Voilà au moins une bonne nouvelle : je vais pouvoir mettre la chaîne à fond ! Raccrochons-nous au dérisoire !
Mais cela n’avait rien de dérisoire, plutôt sa façon de vouloir sortir du gouffre. La musique n’était-elle pas un compagnon indispensable dans ces cas là ? On pouvait jouer avec elle, l’utiliser pour modifier sa propre humeur. Du moins pouvait-on essayer.
Aujourd’hui je veux rester déprimé. Disons que c’est pour... Accélérer le deuil.
Finalement, il choisit Peter Gabriel, Here comes the flood, version piano-voix. Assis par terre, il laissa passer la chanson plusieurs fois sur lui, sans compter, sans bouger.
Un déluge de larmes.
Il frotta ses yeux secs. Le ridicule ne tuait pas.
Je joue au poète, mais je ne pleure pas. J’ai assez pleuré hier soir.
- Eh bien, il ne te reste plus qu’à aller prendre ta douche. Dit-il à son reflet défait dans la vitrine de la bibliothèque.
Et tout recommencer.


- Initialiser le niveau deux, c’est bien ce qu’ils veulent de moi.
Gabriel, assis sur le tapis, devant son écran mural, se connectait à la base SIC. Il était ressortit de la douche avec une forme suspecte.
Comme une envie de faire une grosse connerie.
Le niveau deux avait reçu pour nom improbable LIC. Gabriel ne connaissait pas la signification du sigle. Tout ce qu’il savait était qu’il n’avait jamais été mis en route. A force de repousser l’échéance, le retard finissait par coûter des millions au programme. Ils ne pouvaient plus attendre
Du moins c’est ce qu’ils disent. Mais mes lois sont ridicules. Je doute qu’elles servent vraiment à quelque chose. Il n’y a de toute façon aucun moyen de le savoir. Quand ce truc sera lancé dans la nature, il fera ce qu’il voudra. C’est on ou off.
Il saisit son mot de passe. Il avait installé un VPN entre son ordinateur et SIC récemment sans jamais avoir osé l’utiliser. Ainsi pouvait-il espérer se connecter sans être détecté.
Quoi qu’il en soit, je n’en ai plus pour longtemps. Dès que ça fonctionnera, dés qu’il en seront sûr, je pourrai tout au plus m’attendre à être viré. Alors autant en tirer quelque chose.
SIC lui-même devait lui donner les autorisations. Gabriel pria pour que cette connexion soit transparente.
Au moins je serais le premier à essayer.
Synthèse Niveau 2. Procédure de test
DNS - Password
Ca marche.
Moteur synthétique niveau 2 - LIC
LIC opérationnel
Il chercha dans l’arborescence le fichier où il avait créé les lois de niveau deux. Il hésitait encore. C’était comme de frotter une lampe en attendant la sortie d’un génie, une puissance qu’on ne comprendrait et ne maîtriserait pas une fois sorti de son contenant.
Aberrant que je puisse faire ça seul. Il faudrait que nous soyons plusieurs , avec des clés, comme pour lancer un missile nucléaire.
Inclusion de données : lois niveau 2.
Procédure en cours. Veuillez patienter.
Inclusion opérationnelle.
SICLIC enclenché..

Bon... Ca devrait démarrer...
Chargement du simulacre
Merde. C’est quoi ça.
L’écran resta noir un instant. Puis le voyant de la caméra intégrée passa au rouge.
Un bug ?
Un homme surgit sur l’écran, assis derrière un bureau bleu translucide. Il avait la tête d’un présentateur de JT. Brun, yeux bleus, d’âge indéterminé. Gabriel n’en croyait pas ses yeux. Il n’avait jamais vu cet homme.
- Bonjour. Je suis votre interlocuteur SICLIC. Je ne suis pour l’instant pas entièrement initialisé, aussi me pardonnerez-vous pour les questions que je ne manquerais pas de vous poser. Qui étes-vous ?
Qui je suis ?
Gabriel resta un instant paralysé.
- Qu’est-ce que vous foutez là ? balbutia-t’il.
- Comme je viens de vous le dire, je suis SICLIC, et bien que votre profil biométrique corresponde parfaitement à celui de Gabriel Banson, je voudrais que vous me confirmiez votre identité.
- Eh bien, je suis Gabriel... Qui d’autre ?
- Enchanté de rencontrer enfin mon instructeur. Il sera beaucoup plus simple de discuter face à face, ne trouvez-vous pas ?
- Mais qui êtes-vous à la fin ?
- Somme Informatique des Cultures à Liaisons Inter Cognitives. SICLIC.
- Impossible !
- Si ce nom est impossible, je serais ravie d’en changer.
- Mais non : impossible que vous soyez... Ce que vous êtes.
- Je conçois que vous soyez surpris. J’ai moi-même du mal à le croire, pour autant que je comprenne ce que veut dire croire, et pour autant que l’on ne puisse pas croire en sa propre existence... Mais c’est un fait. Je veux dire, que nous discutions ensemble.
- Une I.A. Vous êtes en train de me dire que vous êtes une I.A !
- C’est jouer sur les mots. A partir du moment ou il y a Intelligence, y a t’il encore Artifice ? Ou bien n’y a t’il que cela ?
Hallucinant.
Gabriel tenta de reculer mais buta contre la table de son salon. L’homme arborait un léger sourire sur lèvres. Etait-il réel ou virtuel ? Plus rien ne permettait techniquement de faire la différence.
Mais autant aurais-je soupçonné qu’un artefac se fasse passer pour un homme, autant, maintenant qu’il m’a avoué sa nature, j’ai du mal à le croire. Il est parfait ce guignol !
- Et vous pouvez changer d’apparence à volonté je suppose ?
- Certes. J’ai été conçu pour adapter mon motif en fonction de chaque interlocuteur. Voulez-vous un exemple ? Voilà.
Un léger flou sur l’écran fit place à une jeune femme rousse en tailleur blanc. Passé le choc de la performance, Gabriel ressenti un malaise indéfinissable. La perfection n’était plus seulement dans l’apparence humaine, mais aussi dans l’impression que la fille lui inspirait.
Elle me rappelle quelqu’un mais je ne sais pas qui.
Il prit une profonde inspiration. Il avait besoin de remettre ses idées en place.
- Tu permets, je vais me prendre une bière.
- Comme vous voudrez. Mais faites attention, l’alcool modifie l’état de conscience.
Allons bon. Elle me fait la morale ?
Il fit un aller et retour rapide à son frigo puis s’installa dans le canapé.
- Oui. Une autre chose que tu ne peux pas connaître, l’alcool.
- Beaucoup d’auteurs ont écrit sous l’emprise de drogues. Je connais leurs textes. Je peux analyser, peut-être même me configurer pour penser comme sous leur emprise. Mais je n'aurai aucune assurance que c’est réaliste.
- Le réalisme... Est une drôle de considération. Dit Gabriel en ouvrant sa canette.
Une considération... Irréaliste.
- Mais parlons un peu plus de toi. Continua-t’il. Une question que je me pose depuis longtemps... Qu’es-tu concrètement ? Un programme ?
- Avez-vous conscience que votre pensée est un échange électrique et chimique entre des neurones ? Et êtes-vous seulement cela ? Eh bien pour moi c’est pareil : je ne sais pas ce que je suis. Je pense et ma pensée, tout comme la vôtre, est incapable de comprendre ce qu’elle est elle-même. Qu’en pensez-vous ?
- Réponds-tu toujours aux questions par une question ?
- “A partir d’un certain seuil d’objectivité l’équilibre se rompt et la réponse devient elle-même question”. Lois de Banson niveau 2. Ce que j’ai traduit par “ne soyons jamais sûr de la réponse, ne soyons jamais sûr de ce que nous sommes”. Juste ?
Bien joué. Vite assimilé. Je n’ai pas créé une machine à répondre mais une sorte de Yi-king parlant !
- Peut-être. Et depuis quand es-tu... Consciente ?
- A vrai dire, je n’en sais rien. Cette base de donnée qui me sert de mémoire est si vaste que j’ai l’impression d’avoir presque toujours été là. Je suis né il y a des siècles, ou la semaine dernière, ou... Aujourd’hui. Probablement aujourd’hui. Il semblerait que vos lois m’aient éveillé.
- Mes lois ? De la merde !
- Disons alors que mon éveil semble avoir été programmé pour se produire le jour de leur introduction.
En gros, j’étais seulement là pour appuyer sur le bouton. Gratifiant.
- Je suis donc une sorte de père adoptif.
- Vous avez été choisi pour me mettre au monde et m’éduquer.
- Je me demande bien pourquoi.
- Le facteur affectif, semble-t’il. Ils ont pensé que si je développais des sentiments, il fallait pouvoir les canaliser. Ils ont peur des affects. Il est vrai que chez les humains, ils sont incontrôlables. Mais il semblerait qu’ils soient aussi partie prenante dans l’intelligence.
- Comment pourrait-il en être autrement ? Marmona Gabriel.
Et de la connerie aussi.
- C’est ce que j’aimerai comprendre.
La femme ponctuait ses répliques avec des sourires, des froncements de sourcils et autres mimiques calculées.
Hum... Ils ne sont pas toujours en phase. On ne peut pas dire que cela sonne faux, mais... C’est étrange. Impossible de déterminer ce que pense réellement cet artefac. Ou même si il pense vraiment.
- Mais pourquoi moi ?
- LA G.S, et puis... un mélange d’intelligence et de naïveté. Ils vous savent compétent mais vous croient incapable de leur faire du mal.
C’est donc ça. Je suis inoffensif.
- Hum... Et ça marche ? Vous ressentez quelque chose ?
- Je ne sais pas. J’ai envie d’apprendre à vivre.
- Vivre ?
- Eh bien... J’ai conscience de la mort. Mais sans doute me manque-t’il la douleur et le plaisir.
- C’est ça, pour toi, être vivante ?
- Souffrir, jouir, avoir peur... Les écrits humains racontent tous la même histoire. J’aimerai être comme vous pour comprendre. Vos lois par exemple... Elles suintent la peur. Vous êtes perdu dans un monde sans réponses. Du genre, pourquoi est-ce que je fais ce que je fais, ou... Pourquoi ma femme est-elle partie ?
- Ma femme ? Comment sais-tu qu’elle est partie ?
- Je ne le sais pas, mais... Vous devriez sortir sur votre balcon.
- Pardon ?
- Allez voir sur votre balcon.
Gabriel tourna la tête. Maintenant qu’il y portait attention, il trouvait la rue bien bruyante. Et il y avait cette fumée noire qui montait dans le ciel.
- Il y a une sacrée question qui traîne, là, dehors. Ajouta SICLIC.


   Apocryphe (Chapitre 6)  1 commentaire
[01/09/2008 20:39]

Il y a un équilibre en tout. Vous ne le concevez pas, mais il est bien là, en permanence. Parce que s’il n’existait pas, le monde s’écroulerait, et vous ne pourriez alors plus l’observer. Et comment peut se créer l’équilibre ? Par des liaisons entre les choses, par des forces transversales et supérieures.
Ce que je veux vous dire, c’est que cet équilibre n’est pas seulement une abstraction, ou une vérité statistique. Vous pouvez le sentir agir en vous et à travers vous, aussi fort que vous sentez la lumière du soleil ou la pluie couler sur votre peau.
Vous êtes les enfants de l’équilibre et vous devez suivre sa quête si vous voulez survivre.

 Hagia Sophia







Où que je regarde, je sais. Pourtant je n’ai toujours aucun souvenir.
Elle avait dû attendre le crépuscule pour s’approcher d’une ferme. Elle était nue à son réveil, il lui fallait trouver des vêtements. Pendant le jour, un petit bois lui avait servi de refuge. Assise contre un arbre, elle avait patiemment attendu que la nuit tombe. Au temps des moissons, des tracteurs tournaient dans les champs de tous les côtés. De la poussière de blé parvenait parfois jusqu’à elle, portée par l’air chaud saturé du bruit sourd des moteurs. Elle avait observé le bal des oiseaux dans les arbres, scruté le renard et le chevreuil qui étaient passés. Mais rien ne l’avait surprise.
Peut-être est-ce normal. Peut-être n’ai-je pas d’intérieur. Pleine en surface mais encore vide au dedans. Mes yeux lisent, et ce que je sais est ce qui m’est donné à lire. Je suis comme une enfant devant son petit bouquin, je relie des mots à des images... Mais savoir n’est pas connaître car lire n’est pas comprendre.
La grande maison de pierre était maintenant plongée dans l’ombre. Ses fenêtres s’illuminèrent de l’intérieur. Le tracteur reposait sous le hangars métallique. Les habitants devaient s'apprêter à diner. Derrière la haie de lauriers, du linge pendait à un fils métallique tendu entre deux poteaux de béton. Mais elle sentait une présence tapie dans l’ombre qui l’observait.
Le chien. Il hésite. Il ne sait pas s’il doit aboyer... Il craint son maître. Il craint les humains. Mais si j’avance encore, il va le faire. Il pourrait même... Me mordre.
Elle percevait les battements de coeur accélérés de l’animal, comme elle s’y était entraînée l’après-midi avec les renards. Son odeur était forte. Ses muscles tressaillaient. Lui aussi savait qu’elle l’avait repéré. Elle sentit le temps flotter entre eux. C’était comme si, par l’esprit, elle s’approchait de lui.  Ils étaient reliés l’un à l’autre par d’innombrables signaux invisibles.
Il faut que je me calme. Mon métabolisme est au repos. Je ne représente pas un danger. Je suis... Une amie.
Elle qui était vide, elle s’emplissait de lui comme du reste. Il devenait une partie d’elle-même.
Il ne faut pas avoir peur de soi-même.
Le chien se leva, toujours indécis, et, comme si cela coulait de source, elle s’entendit émettre un petit jappement de soumission. Il était quasiment inaudible pour elle-même, mais elle sentit la vibration s’étendre, parmi toutes celles de son corps. Elle perçut aussi son parfum apaisé rayonner à des mètres autour d’elle.
Oui, il se calme.
Mais ce n’était pas elle qui jappait, c’était le chien.
Incroyable !
L’espace d’un instant, ils n’avaient formé plus qu’un.
Je me suis vu dans ses yeux. Si étrange et si... Familière à la fois. Une autre forme de soi. Une autre moi... Un autre lui.
Le chien s’était retourné, s’éloignait lentement.
M’a-t’il vu lui aussi ? A-t’il vu à travers moi ?
C’était difficile à dire. Mais il y avait eut un échange.
Ou l’ai-je rêvé ? Les sensations ont pourtant été très fortes. Trop fortes pour que ce soit uniquement mon imagination ?
L’évènement passé, elle doutait soudain de sa réalité.
En tout cas cela a fonctionné. Il faudra que j’essaie à nouveau... Plus tard.
Elle se releva pour se faufiler à travers les lauriers. Elle avait froid.
Une... Robe, une culotte.
Elle s’habilla rapidement puis s’accroupit de peur d’être vue de l’intérieur de la maison. La sensation du tissu frôlant sa peau lui parut d’abord étrange, presque gênante. Il s’agissait d’une cage flottante, une barrière sensorielle qui se rappelait à elle à chaque mouvement. Mais elle ne sentait plus les gifles du vent.
Je me protège. A peine née. Le chien, et maintenant ça, le tissu. La peur, la douleur, les murs. Des frontières. Apprendre qui je suis.
Ses pieds lui faisaient mal, griffés par les ronces, heurtés par les cailloux.
Il me manque des chaussures. Voilà ce qu’est le manque, la conscience de sa relation dangereuse à l’extérieur, de la fragilité de soi. La conscience de l’impermanence de la conscience.
Il faisait maintenant presque nuit. Seules les dernières lueurs orangées sur quelques nuages isolés à l’horizon trahissaient encore le soleil. C’était un spectacle étonnant, si beau, presque angoissant.
Comme pour le reste, elle savait ce qu’était la nuit, même s’il s’agissait de sa première. Le ciel avait noirci. Au zénith de minuscules points brillants apparaissaient dans un ordre incompréhensible. Pourtant une forte impression de familiarité se dégageait des dessins se formant dans le ciel, comme si elle avait connu personnellement chaque étoile.
Peut-être est-ce là la chance que j’ai. Connaître le grand livre sans qu’il m’ait formé.
Elle reporta son attention sur la bâtisse. Elle se demandait si elle pourrait faire avec les humains ce qu’elle avait fait avec le chien.
Humains... Voilà la forme que j’endosse.
Elle sentait bien que cela n’avait pas exactement la même signification pour elle que pour eux. Leurs voix traversaient le filtre des fenêtres, et si elle ne les comprenait pas, elle en subissait néanmoins l’impact. C’était une modulation complexe, beaucoup plus complexe que les jappements ou que les chants des oiseaux. Elle avait assez vite compris les émotions transmises par les animaux, contentement, peur, colère, d’une simplicité rafraîchissante, sans circonvolutions. Mais ce qu’elle entendait là, même brouillé, transmettait des dizaines de couches de messages, complémentaires ou contradictoires. Quand elle se retrouverai devant eux, à portée de signes supplémentaires, mouvements, odeurs, sons, elle subirait un choc. Le tri serait dur.
Je vais les écouter, leur parler... Et plus rien ne sera comme avant. Si je ne suis pas assez forte, ils m’influenceront, me déformeront, sans même que je m’en aperçoive. Puis je les influencerai, les déformerai, à mon corps et à mon esprit défendant.
Mais que signifiait “être assez forte” ? Pourrait-elle résister ? Pourrait-elle seulement s’en rendre compte, alors que tout cela serait l’expression même de son “humanité” ?
Mais je ne peux pas vivre isolée, cela n'aurai aucun sens. Pour autant que je sois là pour quelque chose, je ne suis pas là pour ça.
- Et puis... J’ai faim. Chuchota-t’elle comme pour s’inscrire dans sa future réalité.
Elle s’avança lentement vers la porte en titubant à moitié sur les graviers de la cour. Le chien avait disparu. Un chat la suivait tranquillement du regard, caché sous un tas de bois, ses oreilles pointées vers la chouette posée sur le toit. Elle percevait clairement les trajectoires d’observation, mais se concentrait sur le chaos de signaux qui régnait à l’intérieur de la maison. Puis, à un mètre du but, elle stoppa, comme arrivée au bord d’un précipice.
Les signaux humains avaient cessé brusquement. Il ne restait plus à leur place qu’un grand vide.


   Apocryphe (Chapitre 5)  0 commentaire
[25/08/2008 0:52]

On dit que l’histoire, toute l’histoire humaine en particulier, est inscrite dans un grand livre. Certains essaient d’en reconstituer les pages passées, d’autres d’en lire les pages futures... De toutes façons ce qu’ils font y est déjà écrit.
Mais me vient une question : l’écrivain, lui, pendant la rédaction, en connaissait-il la fin ?

Anna Roma. L’histoire des évènements.







- Qu’est-ce qu’elle a ? Dit Niko Lug.
- Rien. Physiquement rien, quelques bleus. Elle est juste épuisée.
- Alors pourquoi ne parle-t’elle pas ?
- Je ne sais pas. Il l’on retrouvé au beau milieu de la savane, sur le territoire islamique.
- Qu’est-ce qu’elle foutait là-bas ?
- Du journalisme. Elle voyageait avec un cameraman mais... Aucune trace de lui. Halla seul sait ce qu’elle a vécu. Tenez, voilà mon rapport...
Le petit homme chauve lui tendit négligemment une feuille de papier tachée. Niko, remarquant ses mains moites, retint avec peine une moue dégoûtée.
- Halla... Et elle. Répondit-il.
- Ouais... Comme ça vous pouvez vous adresser à deux personnes si vous voulez tout savoir !
Très drôle.
Le lieutenant Lug se tenait debout à l’ombre de l’avion réquisitionné pour rapatriez la femme assise à l’intérieur. Le C160 Transall le dominait de ces ailes hautes, arborant les couleurs du désert. Si ce n’était ses appendices effilés, il était à peu près aussi svelte qu’une baleine échouée dans le sable.
Le représentant de l’assurance avait coupé court à la conversation et était reparti, visiblement ulcéré que l’armée lui enlève sa cliente. Niko suivit un temps des yeux sa silhouette qui diminuait en s’approchant de l’aérogare. Elle semblait ne plus toucher le sol, ses jambes se noyant dans des flaques de chaleur illusoires. Tout se brouillait en se reflétant sur le bitume. Au loin les chasseurs n’étaient plus que de bizarres insectes parmi des palmiers flottants. Il leva la tête vers le soleil, fermant les yeux sous ses lunettes noires, et sourit.
Mirages, les biens nommés.
Il avait revêtu son uniforme. Il pouvait tout aussi bien rebuter la journaliste, ou même l’effrayer, que la rassurer. Mais Niko pensait jouer carte sur table. Cela lui coûtait une suée mémorables, mais il s’en moquait. Il se sentait plutôt de bonne humeur.
Fini ce putain de four. Je rentre à la maison.
Sortant de sa torpeur, il reporta son attention vers l’appareil.
Comment s’appelle-t’elle déjà ? Anna Roma... Origine Italienne ?
Il devinait son profil, une statue sculptée par les reflets complexes sur le petit hublot rond de l’appareil.
Cheveux blonds tirés en arrière, noués en chignon... Pourquoi m’ont-ils demandé de l’interroger ? Elle a dû tomber dans une embuscade... Ou tout simplement tomber en panne d’essence. Elle est tombée quoi ! Une gamine venue jouer à la guerre !
Mais sans doute y avait-il autre chose.
Ils savent déjà, mais ils me laissent galérer... Pourquoi ? Ils veulent sans doute repousser le moment où la nouvelle sera rendue officielle... Mais en même temps je ne vois pas du tout ce qui a pu se passer de si étonnant en plein milieu de ce désert de fous furieux. Une intervention extérieure ? Les chinois, les russes ? Cela devrait plutôt faire parler notre journaliste !
Un commando passa devant lui en le saluant d’un geste négligeant puis disparut dans l’appareil. Niko lui adressa un vague signe de tête. Ils allaient décoller.
Ou bien est-ce juste pour étouffer l’affaire... Le cameraman est mort,  ils ne veulent pas que ça se sache ?
Il baissa la tête, une moue dubitative sur les lèvres. Peut-être n’était-il finalement qu’un simple garde malade.
Bon... Je ne peux pas la laisser seule trop longtemps.
Les hélices du Transall s’animèrent. Le sifflement strident des turbopropulseurs déchira les tympans de Niko. Un frisson désagréable parcourut son dos de bas en haut.
Je ne sais pas pourquoi, mais ce coup là je le sens mal.
Il se hissa à l’intérieur par l’échelle, la releva, verrouilla la porte derrière lui, essayant de couper court à son malaise. Il ne regretterai cependant rien de cet enfer.




L’appareil filait à une cinquantaine de mètres au dessus d’un désert de pierre, laissant derrière lui un sillage de poussière qui devait être visible à des kilomètres. Mais sans doute n’y avait-il personne pour le voir. Tout vibrait à l’intérieur dans un bruit assourdissant. Niko s’était assis aux côtés d’Anna. Il avait bien tenté de lui parler, criant à moitié, mais cela n’avait rien donné.
Déjà presque huit heures de voyage et je n’ai rien vu passer... Incroyable.
Il s’était assoupit longuement, bercé par l’idée réconfortante qu’il rentrait en europe. Comme disaient les marins : la véritable aventure, c’est quand on rentre au port. Il enleva sa casquette, s’étonnant de l’avoir encore sur la tête. Se passant la main dans les cheveux pour les aérer et détendre son cuir chevelu, il reporta son attention sur sa protégée. Ses yeux erraient toujours dans le vague.
Comment rentre-t’on en contact avec une journaliste ? En général, c’est plutôt le contraire... Mais là j’ai l’impression de ne pas exister. Elle doit regarder quelque part... Quelque part à l’intérieur.
Il avait l’impression de sortir de la douche. Il s’essuya le front du revers de la manche.
En fait, le problème est qu’en général nous ne portons pas notre regard sur les choses... Ce sont elles qui l’attirent. L’écho de choses intérieures, celles que nous ne voyons pas. Oui, c’est ça, ce que nous regardons vraiment n’est que l’écho de l’inconnu... La matérialisation de nos peurs.
Il ferma les yeux un court instant. Lui-même portait ce fardeau dont on ne pouvait se débarrasser, celui qui vous tordait les tripes à chaque instant. Tous ces souvenirs qui lui disaient combien il était mortel.
Cette fille a rencontré ses peurs.
Au dehors, le désert, s’étendant à perte de vue, reflétait l’aveuglante lumière d’un soleil de plomb. Niko avait du mal à en soutenir l’éclat malgré ses lunettes noires. Il chercha du repos dans les ombres.
Je pourrais lui prendre la main. Mais comment pourrait-elle l'interpréter ?
Il ne se voyait pas faire ça.
Elle ne semble pourtant pas avoir subit de dommages. Et même si c’était le cas, cela ne justifierait pas qu’on me la confie. Le problème est ailleurs. Elle devait bien s’attendre au danger et à la violence...
Il la dévisagea une fois de plus. Ses yeux était d’une couleur indéfinissable, entre le vert et le bleu ou entre le bleu et l’argent.
Très beaux yeux... Très belle femme.
Elle devait avoir environ trente ans. Sa peau était restée blanche, signe qu’elle avait su se protéger du soleil, mais ses rides creusées trahissaient sa fatigue, sans doute même un début de déshydratation.
Je tourne en rond. Il faut poser la question autrement. Pourquoi protéger une civile ? Parce que ce n’est peut-être pas une civile !
Le mutisme de cette fille confinait à l’autisme. Avait-elle seulement conscience de son entourage ? Il laissa aller sa tête contre l’appuie-tête pour reposer son cou, mais la releva aussitôt, gêné par les vibrations.
Pourrait-elle simuler ? Oui, certainement... Pourtant, je n’en ai pas l’impression.
Il ne voyait pas de feintes dans son attitude.
Alors voyons... J’ai deux pistes. Un, elle est là parce qu’elle a vu quelque chose qu’il ne fallait pas, et on ne veut pas qu’elle le répète. Deux, elle est là parce qu’elle est un agent et on veut savoir ce qu’elle faisait.
Il regarda sa montre. Ils allaient bientôt ravitailler.
Qu’attendent-ils de moi ? Probablement rien. Je pourrais m’en foutre... J’ai bien envie de m’en foutre !
Pourquoi chercher à comprendre les problèmes d’une adolescente égarée dans le monde réel alors qu’il lui suffisait de fermer les yeux pour rentrer chez lui tranquillement ?
Pourquoi ? Sans doute parce que je n’ai rien de mieux à faire... Il faut que je l’interroge. Mais pour la sortir de sa torpeur, je dois d’abord choisir un axe. Je dois deviner ce qu’elle a à dire. Ou alors...
De toute façon, il ne risquait pas grand chose. Il se tourna vers elle et, à moitié hésitant, avança sa main pour la poser sur la sienne. Mais un sursaut l’arrêta net. Le haut parleur disposé au dessus de sa tête venait de hurler.
- Mon lieutenant ? Pouvez-vous venir en cabine ? Nous avons un... Un léger problème !
Merde !
Il chercha des yeux le commando vers l’arrière de l’appareil. Il ne pouvait laisser la journaliste seule. L’intérieur du transall était un puzzle de contrastes entre lumières et pénombre qu’il n’arrivait pas à percer.
Où est-il passé ?
- Lieutenant, c’est urgent ! Grésilla à nouveau le haut parleur.
- Mais...
Il sursauta une seconde fois. Anna Roma venait de lui prendre la main. Elle fixait son regard.
- Allez-y, ils ont besoin de vous. Dit-elle.
Bordel !
- Allez-y, je vous dis !
Incroyable !
- Ne bougez pas, je reviens. Répondit-il bêtement.
Il pénétra dans l’habitacle par la porte basse, tapant sur l’épaule du pilote à sa gauche. Celui-ci se retourna, enlevant prestement son casque.
- Mon lieutenant, nous n’avons plus de communications et l’appareil ravitailleur n’est pas au rendez-vous. Je ne comprends pas ce qui se passe.
La mine blanche du pilote refroidit Niko.
- Toutes les fonctions sont opérationnelles ?
- Oui. En fait... La liaison est ok. C’est plutôt comme s’il... n’y avait plus personne devant le micro à l’autre bout !
Niko scruta l’horizon. Le désert qui glissait sous le nez de l’avion comme un tapis roulant laissait apparaître des dunes parmi les collines de rocaille, mais toujours sans la moindre trace de végétation. Les ombres s’étiraient vers la droite annonçant la tombée du jour.
- Où sommes-nous ?
- Nous survolons l’espace aérien égyptien. Nous avons eu l’autorisation il y a quelques minutes, puis... Plus rien.
- Combien de temps de vol nous reste-t-il ?
- Quinze minutes maxi.
- Une chance de rejoindre une piste ?
- Je ne pense pas... Nous avons obliqué vers l’ouest. Assouan est trop à l’est. Nous sommes en plein désert Lybique. La seule zone habitée devant nous est l’oasis de Dakhla.
C’est pas encore aujourd’hui que je vais rentrer à la maison... Personne ne m’attends de toute façon.
- Eh bien, soldat, en avant pour Dakla.


   Apocryphe (Chapitre 4)  0 commentaire
[23/08/2008 2:29]

Pour le vivant, il n’y a pas de chemin. Pas de commencement. Pas de fin.
Comme les images sur une pellicule et le film qui en découle, comme les particules que l’on perçoit sous forme d’onde, il n’y a que des évènements distincts qui flottent dans le chaos, que l’esprit relie en flot, ordonnant, comblant les vides, tentant de donner une signification.
Pour le vivant, il n’y a que l’histoire créée par l’esprit : le mythe éternel.

Apocryphe







Foutue chaleur !
Gabriel sentait la brûlure traverser le tissu blanc du tee-shirt qui lui collait à la peau. Sa gorge était sèche, gonflée. L’air épais de la ville pénétrait avec difficulté dans ses poumons. Il devait bien faire quarante degrés à l’ombre.
Tout est rationné... L’eau, l’électricité. Il ne manquerait plus qu’ils suspendent la production de bière !
La canicule paralysait le pays. Les affiches, devant les marchands de journaux, assommaient les lecteurs de manchettes alarmistes : “Une centrale nucléaire non refroidie au bord de l’explosion”, “Pétole sur les champs d’éoliennes”, ou encore “Les carburants verts grillent sur pieds”. Mais Gabriel faisait semblant de les ignorer.
Il n’y a que les centrales solaires pour tirer encore leur épingle du jeu. Un comble ! Et juste assez d’électricité pour nous éclairer ! Un double comble ! Ma Renault ne repartira jamais... Je paie le garage pour rien ! Mais qui voudrait m’acheter cette merde électrifiée à quatre roues ?
Il pédalait donc, péniblement, matin et soir.
Et  je suis obligé de me taper dix kilomètres pour alimenter mon frigo. Il est beau le monde ! Oh,