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 François Lafargue
Bienvenue à tous... Elevé au biberon de la SF et du Fantastique (à ne pas confondre avec la Fantasy), j'ai toujours aimé créer mes propres mondes et histoires. Ce site est là pour vous inciter à y pénétrer. N'hésitez pas à donner votre avis, quel qu'il soit !
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Ne vous laissez pas abuser par la forme prise par les choses. Attachez-vous aux actions et à leurs conséquences. Ainsi aurez-vous une chance de vous faire une idée du fond. Le fond des choses n’accède à la conscience que par ses manifestations. Hagia Sophia
Quand elle entra, elle trouva la maison déserte. Un vide soudain, comme un précipice apparu sous ses pieds, avait subitement remplacé la foule de sensations qu’elle recevait de l’extérieur quelques secondes plus tôt. Elle n’avait pas besoin d’appeller, de sonder, elle savait. Les fermiers n’étaient plus là, plus même sur cette terre. Luttant contre le vertige, elle se trouva suspendue dans ce vide avant qu’une nouvelle idée traverse l’espace comme un planeur à la dérive. Tout cela n’est pas normal. Cela ressemblait à une connaissance intime, profonde, une évidence irraisonnée et insaisissable. Les gens ne disparaissent pas d’une seconde à l’autre. Pas plus qu’ils n’acquièrent de pouvoirs surnaturels... Ils ne perdent pas non plus la mémoire si facilement. L’entrée était un étroit vestibule sombre. Des vestes élimées pendaient au porte-manteaux et quelques paires de chaussures reposaient, alignées, sur le carrelage devant un mur jauni. La seconde porte étant ouverte, elle s’avança comme une automate et déboucha directement dans la cuisine. Perdue dans ses pensées, elle s’approcha de la table en bois. Les assiettes étaient servies, mais personne n’y avait touché. Elle tira une chaise pour s’asseoir, machinalement. Elle avait faim. Elle prit une fourchette pour entamer le repas. Quoique pour perdre quelque chose, encore faut-il l’avoir possédé... La viande, bien que légèrement filandreuse, fondait dans sa bouche. Elle reporta son attention sur le nombre incroyable de saveurs qui se dégageaient du plat. Du thym, du laurier, du romarin enrobaient délicatement le goût de la viande, de l’ail renforçait le tout, allié au sel, au poivre et à des baies qu’elle avait du mal à identifier. Ragoût de veau. Je connais cela aussi. Le vin était jeune. Ses arômes de fruits éclairaient son palais d’un forte lumière d’été. Reprenant contact avec la réalité de son corps, elle s’amusa à suivre le chemin de l’alcool qui s'immisçait doucement au coeur de son sang. Puis elle sourit. Elle tenait dans la main un rond de serviette franchement ridicule. Si je n’avais pas de passé, comment pourrais-je tout identifier si bien, dans ses moindres détails et en tirer des émotions ? Elle avala sa dernière bouchée. L’estomac plein, elle se sentait rassasiée, mais le malaise persistait. Impossible de me distinguer du monde... Je suis ce qu’il m’enseigne, pour l’instant, en tout cas. Ce monde est-il aussi creux que moi ? Elle parcourut enfin la pièce du regard. Cette cuisine ne semblait pas faite pour un seul être. Il y avait eu de l’animation ici. Elle le sentait, dans les objets sur la table, dans la façon dont étaient disposés les condiments sur le plan de travail. Un torchon traînait sur le dossier d’une chaise, un cendrier plein était posé sur le bahut diffusant une odeur de tabac encore tiède. Elle aurait pu passer des heures à consigner les signes de vie disséminés partout dans l’espace pourtant restreint. Et... Je débarrasse et lave la vaisselle... Mais est-ce moi qui pense cela ? Quels fantômes d’un passé oublié imposaient leurs réflexes ? S’agissait-il de ces gens dans la maison, quelques heures plus tôt, ou de ses propres habitudes cachées ? Peut-être est-ce cela la solution... Provoquer mes souvenirs par la force de... L’invisible. Elle voyait soudain la maison d’une autre manière. Il y a sans doute des signes, des... Déclencheurs. Elle se leva. A la suite de la cuisine, elle découvrit un petit salon. Trônait en son centre un immense canapé en cuir marron qui prenait quasiment la moitié de la pièce. Il faisait face à une cheminée à foyer fermé dont la vitre était noircie par le feu. Au dessus, sur le corps blanc vertical en stuc, était accrochée un écran visio de taille moyenne. Des bougies, intactes, avaient été disposées symétriquement sur le rebord de la corniche en bois, juste en dessous de l’écran. Le tout ressemblait à un autel payen où l’on aurait adoré le dieu numérique. Les chandelles devaient être des cadeaux que les propriétaires avaient voulu conserver, ou une image décorative issue d’une religion quelconque. Un dieu en avait remplacé un autre. Une parole une autre... Elle s’approcha pour allumer l’appareil. Il fit un petit bruit sec et s’illumina, mais rien n’apparut de concret. Elle eut beau faire défiler les chaînes, l’image resta désespérément bleu. Elle resta un instant paralysée devant ce fait. Dieu ne fonctionne plus... Il a disparu, lui aussi. Le côté effrayant de la remarque était-il ce lent envahissement de sa poitrine par le froid ? Elle se détourna de l’écran. Si mes dons proviennent d’un dieu déchu, ce n’est sûrement pas de celui là. L’image avait disparu, la parole avait disparu et ceux qui les buvaient s’étaient volatilisés avec elles. Et il reste ce trou bleu glacé dans la banquise autour de moi... Et en moi. Je ne trouverait rien ici. Cette salle n’est qu’un amoncellement de coquilles vides. Elle s’avança vers la porte suivante et la poussa doucement. Il n’y avait là qu’un réduit donnant sur l’escalier qui menait à l’étage. Son regard erra dans le sombre. Poussière, poussière... Et silence. Un nouveau frisson lui parcourut le dos. Oui... C’est ça : le silence ! Les marches de bois craquaient sous son poids, sa robe frottait contre la vieille rembarde, l’interrupteur claquait en délivrant la lumière, et chaque bruit était un silence. Il s’agissait des sons du vide. Elle chemina dans le couloir étroit en se tenant aux deux cloisons. Le plâtre nu laissait des traces blanches sur ses paumes. Elle les imagina devenir transparentes. Bientôt, celles-ci disparaîtraient, et elle à la suite, toute entière. Non, ce n’est pas le silence... Mais ce qu’il signifie. Tous ces sons étaient ceux de l’absence. Cette maison est morte. Les esprits qui l’habitaient sont partis. Elle déboucha sur une chambre. Le lit était fait. Un couvre-lit au crochet y avait été consciencieusement disposé en l’attente de ceux qui ne reviendraient jamais. Sans qu’elle sache pourquoi ou comment, des larmes coulèrent sur ses joues. J’arrive trop tard, quelques minutes, quelques secondes trop tard. Mais trop tard pour quoi ? Elle s’assit. Le matelas était mou, usé par des années de lourd sommeil. La tapisserie un rien défraîchie avait quelque chose d’attendrissant et de pitoyable à la fois. Qu’est-ce qui m’arrive ? Une immense tristesse l’envahissait. - Non ! Cria-t’elle, paniquée. Le besoin impérieux de mettre fin à ce malaise la submergea. Elle coupa complètement les liens de sa réflexion. Elle devait étendre ses perceptions, pour nettoyer sa conscience. Son esprit passa au niveau supérieur. Le grenier. Le premier contact fut si ténu qu’elle eut peur d’avoir perdu son pouvoir. Pourtant, bien qu’infime, un lien était là, étrange, presque repoussant. J’attends. Quelque chose vibre dans l’espace immense de la pièce. Un morceau de viande qui se déplace vite, sans que l’on puisse deviner où le mène sont ballet apparemment aléatoire. J’attends. Immobilité, rien d’autre. J’attends de frapper au moindre frémissement. Une araignée, je suis branchée sur une araignée... Luttant contre son aversion, elle s’insinua plus profondément dans la conscience de l’animal. Elle était le corps velu, elle était les pattes fines et elle était, loin si loin, la toile. Mais ce n’était pas ce qu’elle présuposait, il n’y avait pas d’agressivité, pas même le moindre sentiment, juste ce besoin impérieux de manger pour survivre. Soudain la vibration, une mouche, percuta les fils de soie gluants, et, en un instant si bref, elle était dessus et la mordait sèchement de ses puissantes mandibules. Alors seulement un intense frisson intérieur de satisfaction la parcourut. Elle coupa soudain le contact, haletante. Voilà la réalité.
Ils ont laissé leurs mensonges en suspend, comme la toile de l’araignée, si fine, presque invisible. Et je me suis englué dedans, dans le maillage de leurs traces. Mais elle n’y trouverait rien de probant. Oui, elle connaissait les objets à la seconde où elle les voyait, non, cela ne réveillait toujours aucun véritable souvenir. Il ne s’agissait que d’un inventaire. Tout ce que je fais, c’est de m’épuiser à lire le dictionnaire d’une vie passée. Pourtant, maintenant qu’elle regardait la tapisserie à fleurs, elle ne pouvait s'empêcher de la trouver laide. Et si ce sentiment existait, c’est qu’elle s’était déjà faite une idée du beau. Quelque part dans son cerveau, il y avait donc des références enfouies. D’où provenaient-elles, de son passé ou d’ailleurs, elle n’en savait rien, mais elles existaient bel et bien, à la lisière de sa conscience. Je ne suis pas vierge, plutôt handicapée. Comme une autiste surdouée... Et puis il y avait eu cette réaction de panique face à l’étrange vague de tristesse qui l’avait submergée. Voilà sans doute l’araignée... Cette peur... Mais elle ne se sentait pour l’instant pas la force de la débusquer. Elle s’étendit pour s’absorber dans la contemplation du plafond, suivant des yeux les fissures dans le plâtre, s’arrêtant sur les tâches d’humidité. Cette expérience l’avait mise à plat. Il faut que je dorme. Ma première nuit en quelque sorte... Elle tendit le bras pour éteindre la lampe de chevet. Et demain, je trouverai un humain pour lui parler. Se pelotonnant sous la couette, elle chercha le sommeil. Mais, au bout d’un temps indéterminé à tourner et se retourner, elle dut se rendre à l’évidence. Impossible de dormir ! Je suis même tout à fait éveillée ! Elle avait les yeux grands ouverts mais ne percevait que le noir d’encre régnant sur la pièce. Les sons étaient rares, le bruissement rèche des draps, une chouette hulotte assez loin derrière la fenêtre à sa droite, le craquement imprévisible du parquet, et le souffle court de sa propre respiration. On dirait bien que l’accès au sommeil m’est refusé. Elle ferma les yeux. Au premier abord cela ne semblait pas très important. Sans doute retirait-elle même des avantages de cette nouvelle bizarrerie. Elle pourrait faire plus de choses, voyager plus vite, plus loin... Mais elle changea soudain d’avis. L’accès aux rêves... Lui aussi il m’est interdit ! Elle n’y avait jusqu’alors pas réfléchit. Perturbée, elle se redressa et s’assit dans le lit. Pas de voie directe vers l’inconscient. Les barrières sont fermées. Elle se mordit les lèvres. Sans doute avait-elle des pouvoirs extraordinaires ; elle pouvait se projeter dans l’espace, pénétrer l’esprit des animaux, des hommes peut-être, et effectuer dieu sait quelles autres prouesses ; mais elle n’avait pas de prise sur elle-même. Que dois-je comprendre ? Elle soupira. Y avait-il seulement une raison à tout ça ? Il y a forcement une cause... Même si elle se cache. Elle tourna la tête brusquement. Elle avait sentit quelque chose. Une vibration ténue lui était parvenue des tréfonds de la maison, à peine audible. Comme un son de... Une voix ! Elle ferma les yeux et, immédiatement, projeta sa sphère de perception. Son esprit descendit les escaliers, tourna dans le salon, surgit dans la cuisine. Sa “vision” était claire, comme en plein jour. Sans doute était-ce proche des sensations ressenties par une chauve-souris pendant son vol. Plus précis que le regard, en profondeur, comme d’allier vue et touché, cela passait à travers la matière. Où ? Tout d’abord elle ne repéra rien. Mais elle sentait encore la vibration, comme on sent une main qui effleure la peau sans la toucher. Quelque chose bougeait dans la pièce, par intermittence, repoussant les particules. Une onde. Elle se concentra sur les vagues qui ricochaient sur les murs, sur chaque obstacle. Oui, c’est une voix... Deux voix ! Des intonations, des semblant de mots tentaient de se découper. Elle n’arrivait cependant pas à en comprendre un seul. Ca se déplace... Tout était flou, sans véritable limites, et se brouillait. Il fallait remonter vers une source. Elle s’accrocha à un signal et ne le lacha plus. Il devint plus fort, d’autres se joignant à lui, toujours mouvant, comme des centaines de ruisseaux se mèlant pour former une rivière. Les ondes se renforcent à chaque choc... Et reviennent. C’est pour ça qu’il est difficile de trouver l’origine. Il n’y a pas une seule origine... Elle aboutit à un point situé devant l’évier et, soudain, distinctement, elle entendit : - Robert, tu veux bien allumer la télé ? Des bruits de verre s’entrechoquant se superposaient aux paroles. De l’eau coulait. Une silhouette sonique vibrante s’affairait devant l’évier. Je me trompais. Les coquilles ne sont pas vides. Je suis devant un fantôme et il résulte des objets, des murs, de tout ce qui est autour de moi. Le premier fantôme découvert, elle arriva facilement au second. Ils étaient reliés par d’innombrables fils d’onde qu’elle n’avait qu’à suivre. - C’est l’heure de ton feuilleton ! Ce sont des manifestations du passé. - Cinq minutes, j’arrive. Ce passé caché qui est contenu dans le monde. La toile. Oui je me trompais, on ne voit pas le vent, mais il existe... Il nous réchauffe, nous refroidit. Elle n’avait jusque là pas osé bouger du lit, de peur de perdre sa concentration. Elle rouvrit les yeux. Le contact se rompit. La mémoire du monde est un vent. Et moi qui suis nue, je le sens par tous les pores de ma peau.
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Apocryphe (Chapitre 9)
Quelle aventure !!!Tu me laisses desirer le chapitre 10.
Ma cliente arrive , je dois te quitter !!!
Ecrit par: Martine | 01/10/2008 17:01
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